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Le nouveau business model du couple

Voici un article de Myret Zaki publié dans la chronique « Les quotidiennes ». Une analyse pertinante du couple contemporain qui donne matière à reflexion. La réalité du couple grec s’ y accorde-t-elle?

Les paramètres économiques du couple ont tant évolué ces dernières années, que la relation homme-femmes s’en trouve profondément modifiée.

Le couple est une entreprise. Il est basé sur un contrat, oral ou écrit. Ce contrat stipule qui apporte quoi. Comme toute entreprise, le couple durable repose sur un modèle d’affaires. Jusqu’ici, le modèle prédominant a été celui de la complémentarité, ou ce qu’Emile Durkheim appelle « solidarité organique ». L’un avait besoin de l’autre, car chacun avait ce que l’autre n’avait pas. D’un côté, l’homme était le bâtisseur, pourvoyeur et protecteur, et ses attraits reposaient sur son statut et son pouvoir social. De l’autre, la femme était celle qui nourrit, apaise, soigne, satisfait les besoins de l’homme en dehors du travail, et gère la famille. Les atouts d’une telle femme, pour l’homme, résidaient dans sa capacité unique à le compléter, en remplissant ces rôles qui équilibraient sa vie.

Chacun ne pouvait fonctionner sans l’autre : production et reproduction allaient main dans la main, ce qui cimentait le couple. Dans le modèle de complémentarité s’insérait aussi la femme dont l’apport principal était sa beauté, son pouvoir de séduction, et donc son influence informelle sur l’homme, qui l’entretenait financièrement pour la valeur économique de son corps. Beauté contre argent, un modèle complémentaire vieux comme le monde.

Les deux catégories de femmes: bimbo ou bobonne

Bimbo ou bobonne, vierge ou putain, tels sont les distingos longtemps opérés par la « sagesse populaire » entre les deux catégories de femmes, mais toutes deux étaient unies en ce qu’elles étaient les compléments de l’homme, objets plutôt que sujets. Pour l’homme, les coûts et bénéfices se répartissaient simplement différemment suivant les avantages particuliers de telle ou telle femme. Dans la réalité, les deux femmes ne faisaient souvent qu’une, mais les préjugés issus de la culture catholique ont longtemps mené les hommes à classer les femmes dans l’une ou l’autre catégorie suivant les peurs, illusions et fantasmes qu’elles leur inspiraient.

Ce modèle suppose qu’hommes et femmes se développent par opposition l’un de l’autre, ceci afin de préserver la complémentarité, garante de l’équilibre. Cela peut impliquer qu’une femme renonce à travailler, à bricoler, à conduire, et qu’un homme ne sache pas cuisiner, s’occuper des enfants, ou faire la lessive. D’où un dépendance de l’individu envers le couple, qui va à l’encontre de son développement humain, et qui à mon sens constitue le désavantage principal de ce modèle.

L’argent de l’homme

Notre génération a vu s’imposer une troisième catégorie de femmes, qui a pour caractéristique de rompre avec le business model séculaire : la cadre hautement éduquée et bien rémunérée. Pour la première fois, des patrimoines purement féminins se constituent par le travail. Jusqu’ici, la femme qui dépensait, dépensait toujours l’argent d’un homme, celui de son mari, ou de son héritage (d’origine masculine). Même la femme aisée qui entretenait ses amants, dépensait l’argent d’un autre homme (père ou mari). L’accès féminin à tout capital, mobilier, immobilier, ou même culturel, était un privilège dû à ses liens de sang ou de mariage. Celles qui travaillaient avaient rarement suffisamment de salaire pour constituer leur patrimoine, et leur paie n’était qu’un appoint pour le ménage.

Mais la femme cadre qui constitue sa propre fortune au fil de sa vie professionnelle devient l’égale économique de l’homme. L’argent féminin fait de la femme un sujet et non plus un objet. L’homme moderne ne peut plus désirer une telle femme pour l’opportunité qu’elle lui offre d’être pourvoyeur, chasseur, protecteur. Il lui préfère, d’instinct, une femme complémentaire. Il doit littéralement aller contre son instinct pour se lier à une femme égale à lui. Le rapport hommes-femmes s’en trouve bouleversé, au point que la rencontre en elle même, voit ses règles devenir caduques. Les codes de la « cour » n’ont plus cours. De sujet-objet, le couple devient sujet-sujet. S’ils ne sont plus complémentaires, cela les rend forcément rivaux. L’homme trop habitué à dominer vit mal cette concurrence. La femme aussi, car elle peine à renoncer à la protection de cet homme qui lui inspire virilité. Ce n’est pas au plan physique, mais au plan fonctionnel que les règles changent : de complémentaires, hommes et femmes se retrouvent presque redondants. Il n’y a plus de division sexuelle des rôles.

Femme autonome

Ce nouveau business model a cependant des avantages évidents. L’homme gagne une partenaire solide, qui maintient le ménage à flots en cas de coup dur. Le gain de l’homme réside essentiellement dans le soulagement d’une partie des responsabilités qui jusqu’ici reposaient entièrement sur ses épaules. En échange, il renonce à un part d’autorité. Mais il devient plus autonome. La femme, elle, est promue au sein du couple, mais doit renoncer à la protection qui allait avec l’autorité masculine. Elle devient elle aussi plus autonome. Le modèle d’affaires devient celui de cumul, ou de « solidarité mécanique » : on est interchangeables, et lorsque l’on partage les tâches, c’est sur décision commune et non plus par nécessité.

Cette évolution peut expliquer l’hypersexualisation que l’on observe chez les jeunes générations : pour se souvenir qu’on est encore distincts, et peut-être pour en appeler à l’instinct, on accentue nos différences physiques. Mais nos différences socio-économiques, elles, sont en train de disparaître.

On en discute?

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